L’Ascension

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  • Lore

  • 26 mars 2025

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5 minutes

Prenant appui sur les théories de Moyo Chibuye, les Corps expéditionnaires ont traversé sans encombre le territoire belasenka. Ils sont parvenus, au prix de nombreux sacrifices, à établir un camp de fortune sur les contreforts du Cais Adarra. Mais si la menace belasenka a désormais été écartée, nous ne sommes pas au bout de notre périple. Déjà, en nous tournant vers les Rivages Turbulents, nous pouvons voir que des courants de Tumulte s'y massent et menacent de déferler dans notre direction. Tous les contingents des forces d'exploration ont reçu de ce fait l'ordre de se réunir au camp de base, dans le but de s'abriter au cœur de l'Oasis.

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Grimper jusqu'au sommet sera rude. Nous allons devoir laisser derrière nous de nombreux véhicules motorisés pour nous concentrer sur les contingents humains. Il conviendra aussi d'éloigner l'Ouroboros, qui continue de provoquer l'ire des Belisenki, et de le positionner à un endroit où il pourra résister aux flux de Tumulte. Pour autant, je ne peux me résoudre à abandonner les troupes au sol. Je ne dois pas faire de l'Ouroboros ma tour d'ivoire. Malgré la désapprobation de mon staff, je suis résolue à prendre place aux côtés des forces terrestres pour mener à bien cette ascension, quelle que soit la dureté de l'épreuve.

Il me faut en effet découvrir par moi-même ce qui a causé l'emprisonnement de Kuraokami. Nous nous étions fourvoyés en pensant que les Belisenki étaient responsables de l'enfermement de l'Oneiros. Cette espèce ne fait que protéger les zones de reproduction des Phalènes de Mana. Mais c'est comme si quelqu'un — ou quelque chose — avait exploité ce comportement pour agir comme un obstacle naturel, afin de nous dissuader de nous enfoncer davantage dans cette direction. Qu'allons-nous trouver là-bas ? Il faut que j'en aie le cœur net.

Journal de bord de Temera Singh,
Grande Amirale des Corps expéditionnaires
393 AC, 26 mars

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Kumari Adhikari
Cloître, chambre 65 - Kadigir
CE18 - Arkaster

Le froid est partout. Au réveil, mes doigts sont engourdis, et mes muscles raides. Le vent glacial s'insinue sous mes vêtements, quel que soit le nombre de couches que je revêts. Mon écharpe est couverte de givre, là où mon souffle se cristallise à la moindre expiration. Même les feux que nous allumons peinent à nous réchauffer. Et quand la chaleur veut bien bannir un tant soit peu le froid, ma peau et ma chair me font mal à mesure que les sensations reviennent. Mais ce n'est rien face aux conditions météorologiques. L'air se fait rare, et les éléments se déchaînent. Lorsque le terrible blizzard ne fouette pas nos visages comme des aiguilles acérées, une dense nappe de brouillard rend la progression difficile et dangereuse, voire mortelle. Et, quand nous pouvons l'entrevoir, il y a toujours ce sommet qui trône au-dessus de nos têtes et nous nargue, si lointain et inaccessible...

Je ne veux pas que tu t'inquiètes, petite sœur. Je ne suis pas seule dans cette épreuve. Même si chaque pas est ardu, nous avançons. Nous sommes désormais au cœur du Storhvit, et sommes en passe d'atteindre le centre de l'Oasis. Là, nous serons en sécurité, le temps que l'ouragan de Tumulte s'estompe. Nous avons traversé la taïga, les landes irréelles de la toundra. Nous avons franchi des lacs gelés, des glaciers grondants. Désormais, nous montons bon gré mal gré vers la cime d'une majestueuse montagne. Elle est fendue en deux, comme si un violent coup de hache l'avait transpercée de haut en bas. Mais le plus étonnant, c'est la lumière bleutée qui en émane. Certains disent que c'est un gigantesque gisement de Kélon, d'autres qu'il y a une créature de l'imaginaire enfermée dans la montagne...

J'espère que tout va bien en Arkaster. Je me plais à me rappeler nos promenades dans les jardins. Ces simples souvenirs me réchauffent aussi bien le cœur que le corps. Mais en même temps, ils me font prendre conscience d'à quel point tu me manques terriblement. Nous avons quitté le camp de base il y a deux jours déjà, et un contingent de ravitailleurs va redescendre prendre le restant du matériel avant que l'Ouroboros ne se mette en retrait et que l'ouragan ne soit sur nous. C'est pour moi la dernière opportunité de t'envoyer une lettre, alors j'en profite. La prochaine fois, il faudra que je te parle de Saskia. Nous passons pas mal de temps à discuter, et je pense qu'elle pourra m'aider à te trouver un remède. Je pense à toi, et je veux que tu saches que tu accompagnes chacun de mes pas.

Je t'embrasse.

Kesh