Les Phalènes de Mana

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  • Lore

  • 20 mars 2025

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393 AC

C'est en explorant bon gré mal gré les boyaux des Galeries Céruléennes qu'un mage Yzmir a trouvé de façon fortuite une cavité des plus intéressantes. La grotte, à l'abri des regards et loin de l'air libre, était habitée de nuées de Phalènes éthérées. J'ai été conviée, en même temps que d'autres érudits, à offrir mon expertise sur ces créatures aux propriétés étonnantes. Faute de meilleure appellation taxonomique, nous avons appelé ces insectes des Phalènes de Mana. En effet, la première propriété que nous avons identifiée chez ces formes de vie est qu'elles ne sont pas corporelles, mais semblent être des créatures de pure idée, comme les Eidolons. Durant leur courte existence, ces Phalènes diffusent continuellement un Mana d'une pureté incroyable dans l'environnement. C'est comme si elles exsudaient du Mana en permanence, jusqu'à ce qu'elles soient entièrement désincarnées. Ce qui est au final pour elles l'équivalent de la mort.

Le rapport des mages Yzmir qui ont étudié ce phénomène a fait part de la présence d'une très forte concentration de Mana ambiant au sein de cette cavité. À échelle de comparaison, presque autant que dans une pouponnière mush. C'est comme si leur être raffinait le Mana, non pour le transformer en gouttelettes comme les mushs peuvent le faire, mais en air saturé d'énergie. Durant les quelques heures de leur brève existence, les Phalènes papillonnent, porteuses de l'idée d'elles-mêmes. Mais cette dernière s'étiole à mesure que le Mana qui les ancre dans le monde se dissipe. Néanmoins, avant que leur disparition ne soit totale, les Phalènes se mettent instinctivement à la recherche d'un partenaire. Quand deux Phalènes de Mana se rencontrent, une explosion a lieu. L'idée vestigiale de l'une se mélange à celle de l'autre, dans des proportions aléatoires. De cette collision, des œufs physiques se forment et se retrouvent propulsés par la déflagration, comme des myriades de facettes et de combinaisons issues des deux précédents individus.

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Ces œufs diaphanes se déposent dans la neige, invisibles à l'œil nu. C'est là, dans le duvet blanchâtre, que des larves émergent lentement de ces lentes. J'ai pu observer leur éclosion au microscope, et c'est un spectacle fascinant. Les larves, sous la forme de chenilles, convergent ensuite vers les arbres ou les supports rocheux qui leur serviront par la suite de nichoirs. Lorsqu'elles atteignent une branche ou une alcôve de pierre, les chenilles utilisent le froid ambiant pour se créer un cocon de glace, dans lequel elles vont procéder à leur métamorphose en nymphe. Leur être se décompose pour former un cocktail de sucs nutritifs, mais au lieu de s'autodigérer comme des chenilles pour former des papillons, les Phalènes de Mana se libèrent de leur enveloppe corporelle pour devenir une simple entité d'idée. Mais cette nature est par essence transitoire : le Mana est arraché à leur être en continu, et elles n'ont que peu de temps pour mener à bien leur reproduction.

Il est intéressant de constater que ces formes de vie possèdent deux stades d'existence : l'un physique, dans les premières phases de leur courte vie, et l'autre éthéré, quand elles finissent par sortir de leur chrysalide. Je subodore que les Hakupopo font partie de leurs prédateurs naturels. Ces derniers se mêlent à la neige et gobent les chenilles qui transitent dans le couvert neigeux. C'est probablement pourquoi les Phalènes évoluent la plupart du temps dans des lieux clos et peu exposés, afin d'assurer leur cycle de reproduction. Mais le plus intéressant est la découverte dans ces mêmes lieux de mues de Belisenki. Il semble exister entre ces deux espèces une relation symbiotique. Les Belisenki portent en eux l'idée du froid, chose qui serait impossible sans la capacité de manier le Mana. L'hypothèse la plus probable est que les Belisenki se gorgent du Mana propagé par les Phalènes, pour ancrer l'idée du froid en eux. En échange de quoi, les Belisenki assurent la protection des papillons éthérés, un peu comme les fourmis veillent sur les pucerons en échange de l'accès à leur miellat.

Par ailleurs, l'analyse des déjections des animaux endémiques de la région a été très éloquente : la grande majorité d'entre eux se nourrissent des chrysalides abandonnées par les Phalènes. En plus de leur apporter des nutriments concentrés, je soupçonne qu'ils ingurgitent par ce biais les phéromones des Phalènes. Un Belasenka se mettra à considérer un pingouin ou un ours polaire ayant ingéré une chrysalide comme un Phalène, et lui apportera naturellement sa protection. Peut-être qu'en consommant nous aussi ces cocons gorgés de sucs, nous pourrions échapper à la vigilance des Belisenki, et même nous placer sous leur garde ? Je vais faire part de mes découvertes à l'état-major, en vue de faire dès que possible vérifier ce postulat. Les Corps expéditionnaires font face à de multiples assauts depuis que nous avons rallié la base de la montagne. Si les prochaines expéditions parviennent à passer sans attirer l'attention des Belisenki, alors je saurai que je suis sur la bonne piste.

Carnet naturaliste de Saskia Averina,
393 AC, 19 mars